CHARLES BAUDELAIRE: LES FLEURS DU MAL

SPLEEN ET IDÉAL


XVII


LA BEAUTÉ


I1
2
3
4

Je suis belle, ô mortels! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poëte un amour
Éternel et muet ainsi que la matière.

II5
6
7
8

Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris;
J'unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

III9
10
11

Les poëtes, devant mes grandes attitudes,
Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d'austères études;

IV12
13
14

Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants
De purs miroirs qui font toutes choses [1857: les étoiles] plus belles :
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles!

(2e éd. - Paris : Poulet-Malassis et de Broise, 1861;  Gallica)
Tübinger Lektürekurs