| I | 1 2 3 4 |
De ce terrible paysage, Tel que jamais mortel n'en vit, Ce matin encore l'image, Vague et lointaine, me ravit. | |
| II | 5 6 7 8 |
Le sommeil est plein de miracles ! Par un caprice singulier, J'avais banni de ces spectacles Le végétal irrégulier, | |
| III | 9 10 11 12 |
Et, peintre fier de mon génie, Je savourais dans mon tableau L'enivrante monotonie Du métal, du marbre et de l'eau. | |
| IV | 13 14 15 16 |
Babel d'escaliers et d'arcades, C'était un palais infini, Plein de bassins et de cascades Tombant dans l'or mat ou bruni ; | |
| V | 17 18 19 20 |
Et des cataractes pesantes, Comme des rideaux de cristal, Se suspendaient, éblouissantes, A des murailles de métal. | |
| VI | 21 22 23 24 |
Non d'arbres, mais de colonnades Les étangs dormants s'entouraient, Où de gigantesques naïdes, Comme des femmes, se miraient. | |
| VII | 25 26 27 28 |
Des nappes d'eau s'épanchaient, bleues, Entre des quais roses et verts, Pendant des millions de lieues, Vers les confins de l'univers ; | |
| VIII | 29 30 31 32 |
C'étaient des pierres inouïes Et des flots magiques ; c'étaient D'immenses glaces éblouies Par tout ce qu'elles reflétaient ! | |
| IX | 33 34 35 36 |
Insouciants et taciturnes, Des Ganges, dans le firmament, Versaient le trésor de leurs urnes Dans des gouffres de diamant. | |
| X | 37 38 39 40 |
Architecte de mes féeries, Je faisais, à ma volonté, Sous un tunnel de pierreries Passer un océan dompté ; | |
| XI | 41 42 43 44 |
Et tout, même la couleur noire, Semblait fourbi, clair, irisé ; Le liquide enchâssait sa gloire Dans le rayon cristallisé. | |
| XII | 45 46 47 48 |
Nul astre d'ailleurs, nuls vestiges De soleil, même au bas du ciel, Pour illuminer ces prodiges, Qui brillaient d'un feu personnel ! | |
| XIII | 49 50 51 52 |
Et sur ces mouvantes merveilles Planait (terrible nouveauté ! Tout pour l'œil, rien pour les oreilles !) Un silence d'éternité. | |
II | |||
| XIV | 53 54 55 56 |
En rouvrant mes yeux pleins de flamme J'ai vu l'horreur de mon taudis, Et senti, rentrant dans mon âme, La pointe des soucis maudits ; | |
| XV | 57 58 59 60 |
La pendule aux accents funèbres Sonnait brutalement midi, Et le ciel versait des ténèbres Sur le triste monde engourdi. | |
(2e éd. - Paris : Poulet-Malassis et de Broise, 1861;
Gallica)
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